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24/03/2010

Rainbow FlagBarack Obama veut abroger la loi qui discrimine gays et lesbiennes dans l'US Army

Dans son discours sur l'état de l'Union, prononcé le 27 janvier 2010, le président des Etats-unis, Barack Obama, a rappelé sa volonté d'abroger la loi connue sous le nom : « Don't Ask, Don't Tell » — « Ne demandez-pas , n'en parlez-pas » — qui interdit aux militaires états-uniens, gays et lesbiennes, de dévoiler leur « inclination » sexuelle sous peine d'être exclus de l'armée. Barack Obama souhaitait ainsi respecter une des promesses de sa campagne présidentielle de 2008.


Barack Obama s'exprime sur sa volonté d'en finir avec « Don't Ask, Don't Tell »
. Discours sur l'état de l'Union. 27 janvier 2010. [Au premier rang, à gauche, uniforme sombre, on reconnaît l'amiral Michael Mullen, puis en gros plan Robert Gates, secrétaire à la défense]



Les sénateurs démocrates états-uniens se mobilisent

En marge du combat pour la réforme de la santé voulue par Barack Obama, Joe Lieberman (sénateur indépendant, Connecticut), Le 3 mars 2010, a déposé devant le Sénat un projet de loi — Military Readiness Enhancement Act of 2010 — appuyés par Carl Levin (parti démocrate, Michigan) ainsi que par douze sénateurs démocrates*. Le projet propose l'abrogation pure et simple de « Don't Ask, Don't Tell », de façon que soit instaurée une politique de non-discrimination sur l'orientation sexuelle dans les forces armées. Ainsi, cette « loi du silence » imposée aux gays et aux lesbiennes dans l'armée sera levée et mettra fin à un climat de suspicion réciproque préjudiciable pour les uns comme pour les autres.
Nombreux sont les vétérans gays qui déclarent qu'ils ont risqué leur vie aux cotés de leurs camarades, mais que la loi crée un fossé entre eux et que cette loi engendre pour certains une honte secrète. Le témoignage
de Rob Smith dans The Huffington Post , vétéran gay de la guerre en Irak et journaliste, éclaire parfaitement et brillamment le sujet : « Military Leader Memo : Your Gays Soldiers are no Longer Worthless ».
Depuis le 2 février 2010, le Sénat avait entrepris ses premiers travaux et auditions sur cette réforme législative, d'autant plus épineuse, que les Etats-Unis sont engagées dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan, conflits sur lesquels le parti républicain s'appuie pour contester la réforme.


Extraits en images des auditions du Sénat des Etas-Unis sur « Don't ask, Don't Talk »

Le 9 mars 2010, neuf autres sénateurs démocrates ont rejoint la coalition anti-DADT. Parmi eux, John Kerry, candidat malheureux à la présidentielle de 2004 contre George Bush et vétéran du Vietnam, qui a publié une tribune remarquée sur le site des vétérans d'Irak et d'Afghanistan, Vet Voice : « Republicans Attack Military Leadership to defend ban on Gays ».


Une précision : le Sénat vote les lois fédérales, avec la chambre des représentants, lois applicables sur tout le territoire des Etats-Unis. A l'heure actuelle (mars 2010), il se compose de 57 démocrates, 41 républicains et 2 indépendants.


Cette proposition de loi, un peu passée inaperçue, car, parallèlement le Congrès se déchiraient depuis de nombreux mois autour de la réforme de la santé (The Health Care Reform Bill), enfin adoptée le 21 mars 2010, revêt un caractère particulier dans le contexte états-unien. En effet, en 2010, dans ce pays, modèle revendiqué de démocratie, l'homosexualité pose encore un problème à une partie conséquente de la société. Comme le souligne le sénateur Ted Kaufmann (Delaware) sur sa page Internet du Sénat : dans vingt-neuf états, en 2010, si l'on est homosexuel(le) on peut être licencié en toute légalité, ou presque.

En effet, le Non-Discrimination Act de 1994, n'inclut pas l'orientation sexuelle dans les cas de discrimination et dans certaines entreprises des LGTB
(Lesbian, Gay, Bisexual and Transgendered People) se sont ainsi vu licencier. La fin de DADT pourrait ouvrir des perspectives du côté des droits civiques dans l'entreprise pour les LGTB. C'est du moins la perspective tracée par Rea Carey, directrice exécutive de la National Gay and Lesbian Task Force, qui l'exprime dans une déclaration faisant suite au discours sur l'état de l'Union de Barack Obama du 27 janvier 2010. « Task Force responds to president Obama… ».

* Mark Udall (Colorado), Kirsten Gillibrand (New York), Roland Burris (Illinois), Jeff Bingaman (Nouveau-Mexique), Barbara Boxer (Californie), Ron Wyden (Oregon), Patrick Leahy (Vermont), Arlen Specter (Pennsylvania), Jeff Merkley (Oregon), Dianne Feinstein (California), Al Franken (Minnesota) et Benjamin Cardin (Maryland).


le Capitole à Washington, Etats-UnisCarl Levin, un coup de semonce à l'ouverture des auditions au Sénat

Le sénateur démocrate du Michigan, Carl Levin, Chairman of the Armed Services Committee (président du comité des services armés du Sénat), un poste-clé, a tenu à rappeler, le 2 février 2010, dans son discours d'ouverture, qu'un récent sondage Gallup révélait que 69 % des personnes interrogées aux Etats-Unis soutenaient le fait que des gays et des lesbiennes puissent servir dans l'armée.
Dans ce même discours, il en appelait à la fin de la ségrégation qu'instaure « Don't Ask, Don't Tell », loi qui concernerait environ 66 000 militaires. Chiffre évidemment approximatif étant donné le contexte.
Par ailleurs, entre 13 000 et 14 000 militaires, ont été chassés de l'armée à cause de cette même loi depuis 1993. Situation que déplore le sénateur Carl Levin, arguant qu'ils auraient pu servir utilement leur pays dans un contexte aussi critique pour les Etats-Unis.

Rien qu'en 2009, selon le Pentagone, 428 militaires ont été renvoyés à cause de leur orientation sexuelle, chiffre en baisse par rapport à 2008, qui s'élevait à 619.

Cette déclaration liminaire de Carl Levin illustrait à la fois la position des partisans de l'abrogation mais aussi, a contrario, celle de ses opposants. En effet, le sénateur du Michigan fait habilement litière des arguments des adversaires de l'abrogation qui allèguent que la suppression de la loi entraînerait, entre autres, un problème de cohésion au sein des forces armées états-uniennes, et que le moment pour s'attaquer à cette loi est mal choisi, eu égard à la situation politique et militaire que traverse le pays. Sur le premier point, Carl Levin avance que de nombreuses armées dans le monde n'ont aucune loi discriminante vis-à-vis de l'intégration des homosexuel(le)s dans leur rang et qu'il n'y a de problèmes ni majeurs… ni mineurs du point de vue de ce que l'on attend d'une force armée sur un théâtre d'opération.

Le représentant du Michigan au Sénat s'en tient, dans son argumentation, à une position pragmatique voire « technique », et ne s'engage pas sur le terrain de la morale comme certains conservateurs confessionnels qui invoquent la morale judéo-chrétienne et en appellent au strict respect des valeurs héritées de la Bible.


Ajoutons, pour être juste, qu'il ne faut pas cacher que l'abrogation de
DADT pour certains de ses partisans répond avant tout à un calcul pratique comme l'exprime le sénateur Mark Udall. Il remarque que dans son état, le Colorado, des soldats et des aviateurs se retrouvent à servir plus longtemps que prévu sur le théâtre d'opération (jusqu'à cinq tours de service) et que dans la situation présente il faut faire preuve d'efficacité en abrogeant la loi qui empêche le recrutement de femmes et d'hommes qui pourraient apporter leur compétence à la nation… Ou quand les droits individuels rencontrent l'intérêt du pays.

L'amiral Michael Mullen monte sur le pont

Les résistances restent nombreuses au sein des représentants politiques, pas seulement républicains, puisqu'un premier projet de réforme de la loi avait été rejeté en mars 2009 à la chambre des représentants avec l'apport de certaines voix démocrates.

C'est pourquoi, l'amiral Michael G. Mullen, le plus haut responsable de l'armée états-unienne (Chairman of Joint Chiefs of Staff) — promu, précisons-le, sous l'administration Bush — a défendu en personne son point de vue qui se confond avec celui de l'administration Obama. Il a affirmé dès le début de son audition que, personnellement, il considérait l'abrogation de la loi de 1993 comme une bonne chose. Certains sénateurs républicains,
comme le sénateur de l'Alabama, Jeff B. Sessions, l'ont attaqué sur le fait qu'il ne pouvait effectivement que parler en son nom propre et non pas au nom de tous les militaires et que son discours était partial et tentait d'influencer l'opinion et le vote des sénateurs.
L'amiral Michael Mullen a répondu qu'il faisait confiance aux membres des forces armées « qui sauront s'adapter aux nouvelles dispositions ». Pour lui, le problème vient plutôt des politiques.




Quelques anciens hauts responsables de l'armée, sans représenter la majorité de celle-ci, se sont déclarés favorables à l'abrogation de la loi. Ainsi des généraux Colin Powell et John Salikashvili (un des prédécesseurs de l'amiral Michael Mullen au poste de Chairman of Joint Chiefs of Staff — 1993-1997) qui avaient été les artisans de « Don't Ask, Don't Tell » en 1993. John Salikashvili s'était longuement exprimé dans le Washington Post, en juin 2009, sur l'abrogation qui lui semblait une mesure inévitable :
« Gays in the Military : Let the Evidence Speak »


Robert Gates, secrétaire à la défense des Etats-UnisRobert Gates dit le cunctator

A ce stade des procédures, rien n'est joué.

Robert Gates (ci-contre), le secrétaire à la défense — lui aussi issue de l'administration républicaine, pendant le mandat de George Bush… et de la CIA dont il fut le directeur de 1991 à 1993 — bien qu'acquis à la réforme, il n'en prône pas moins la temporisation (cunctator en latin signifie le « temporisateur », surnom donné à
Fabius Maximus Verrucossus Quintus, vainqueur des Carthaginois au cours des guerres puniques).

Robert Gates propose de ne rien précipiter — en somme de laisser du temps au temps — car il craint qu'une décision hâtive ne puisse redonner des arguments aux républicains. Ensuite, qu'un tel changement doit d'abord être expliqué et compris de tous, de l'armée d'abord, et de la nation ensuite. Robert Gates insiste sur le respect des règles de droit et de la procédure qui devrait décourager toute opposition à la démarche du gouvernement Obama.

Robert Gates, légaliste, a adressé une lettre aux principaux responsables de l'administration concernés par l'abrogation de la loi. Il leurs demande d'apporter leurs observations et leurs recommandations, mais aussi
qu'ils déterminent, dans le cadre des forces armées, les répercussions que cela entraînera sur la formation, sur le recrutement, sur le maintien en poste, sur la cohésion, voire sur la réforme éventuelle du code de la justice militaire, etc.

C'est pourquoi, le Pentagone va réfléchir et examiner
la question du strict point de vue juridique et envisager la façon dont la nouvelle loi sera appliquée. Robert Gates a chargé de cette mission délicate, Jeh Charles Johnson, le juriste à la tête de l'Office of the Department of Defense General Counsel (bureau juridique du secrétariat à la défense) et le général Carter Ham, commandant en chef des troupes états-uniennes en Europe.
Source : « US Military Ban on openly Gay personnel 'should end' ». BBC News

Dans le même temps, une des principales organisations non gouvernementales de vétérans gays, Servicemembers United, apportait sa contribution en publiant un plan et des recommandations pour l'abrogation de DATD (« Securing legislative repeal of "Don't Ask, Don't Tell" in 2010 »,
rédigé par son directeur exécutif Alexander Nicholson et le contre-amiral Alan Steinman.
Servicemembers United ouvrait, également, le 10 mars 2010, un forum — The Open Strategy Forum on DADT — sur la question sur son site.


Les anti-abrogation de « Don't Ask, Don't Tell » ne désarment pas

Ils sont légion au sein du parti républicain états-unien. En 2008, la question DADT figurait déjà au menu des primaires du parti. De John McCain (sénateur de l'Arizona) à Michael Huckabee (gouverneur de l'Arkansas), un temps, favori des républicains, tous s'étaient déclarés contre la réforme de la loi.
John McCain — lui-même ancien militaire, vétéran de la guerre au Vietnam et candidat malheureux face à Barack Obama à l'élection présidentielle de 2008 — s'en tient à une position qui consiste à dire : « Si cette loi n'est pas parfaite, elle a été efficace » (en quoi ? mystère).
Depuis, il ondoie un peu. Sa position pouvant s'infléchir, ne serait-ce que lorsqu'il déclare que « si on lui prouve que cette solution [l'abrogation] est bonne pour les Etas-Unis, il y souscrira ». Pas sûr que dans son parti, cette voie soit envisagée par tous pour régler la question.

De plus, la donne politique états-unienne risque de changer, après la victoire
de Barack Obama, qui a finalement réussi à faire adopter sa loi sur la santé puis la perspective des élections de mi-mandat (midterm election) qui se tiendront le 2 novembre 2010. Les positions républicaines devraient se durcir en période électorale. Car l'abrogation de DADT soulève déjà d'autres questions dans l'opinion publique conservatrice comme celle du « mariage homosexuel » envisagé en contexte militaire.

William Kristol, éditorialiste du Weekly StandartLe néoconservateur, William Kristol (ci-contre), fondateur du Weekly Standard et éditorialiste influent, lui, reste sur une position intangible. Il dénonçait, le 8 février 2010, résumant la pensée de nombreux conservateurs, dans un article « Don't mess with Success », l'inscription inopportune dans l'agenda politique de la suppression de « Don't Ask, Don't Tell» et le dogmatisme et les vues purement théoriques dont fait preuve Barack Obama dans cette affaire.
William Kristol assène aux partisans de l'abrogation, qui mettent en avant le respect des droits fondamentaux des individus, que servir l'armée n'en fait pas partie (« There is no basic right to serve in the military »). Mais l'argument central demeure que menant « héroïquement » deux guerres, l'armée états-unienne n'est pas en mesure d'accepter une telle réforme qui suppose une révolution sociologique et un profond changement de mentalité
, auxquels la majorité des militaires n'est pas prête.

Plus violemment encore, on se souvient qu'en 2007, Le général Peter Pace — le prédécesseur de l'amiral Michaël Mullen au poste de Chairman of Joint Chiefs of Staff — déclarait, au Chicago Tribune, qu'il considérait l'adultère et l'homosexualité comme des conduites immorales. De sorte, qu'il ne souhaitait pas — au cas où les politiques abrogeraient DADT — cautionner, ce qui a ses yeux restait, même légalisée, comme immorale.
« I believe that military members who sleep with other military members’ wives are immoral in their conduct, and that we should not tolerate that. I believe that homosexual acts between individuals are immoral, and that we should not condone immoral acts. »

militaire contre Don't Ask, Don't Tell« Don't Ask, Don't Tell » en 1993… ou courage, fuyons ?

Cette loi, votée en 1993, pendant le mandat de William Clinton, incarnait, pour certains, un progrès et pour d'autres un compromis boiteux. En effet, sous réserve de silence sur leur orientation sexuelle, l'intégration dans les forces armées devenait possible aux gays et lesbiennes. William Clinton usait d'une demi-mesure, car le clivage sur cette question dépassait les appartenances politiques : démocrates vs républicains. Cette loi pouvait apparaître aussi, à certains observateurs, comme exemplaire de l'irrésolution, qui devait marquer, en certains domaines, les mandats de William Clinton.

Dans ce cas précis, et donnons quitus au président: car si majoritairement les républicains étaient contre l'évolution de la loi,
au moins 45 % des démocrates allaient dans le même sens. William Clinton ne pouvait donc pas compter sur une majorité pour aller plus loin dans sa volonté de libéralisation.

Depuis, le paysage s'est modifié. La position de principe de certains représentants a évolué, même au sein du parti républicain. Une étude
(Most Favor Gays Servant Openly) du think tank Pew, en 2009, donnaient à 45 % les républicains acquis à l'idée que des gays puissent servir dans l'armée. Avec parfois des disparités importantes selon les composantes du parti.
Dans la catégorie républicain conservateur 37 % sont en faveur des gays et lesbiennes dans l'armée et 57 % y sont opposés. Mais chez les républicains modérés et libéraux, il y a 62 % en faveur et seulement 30 % opposés. L'évolution des chiffres depuis 1993-1994 vers l'acceptation des gays et lesbiennes dans l'armée Etats-unienne, sans que leur orientation sexuelle fasse problème, suit la même courbe que celle de l'opinion de la population générale. Un signe.

Compléments en images (3 vidéos)


Un reportage complet de la chaîne PBS sur les débats au Sénat des Etats-Unis au sujet de DADT






Aubrey Sarvis, représentant du servicemembers legal defense network, gay et ex-militaire qui a servi en Corée, face au pasteur Peter Sprigg, porte-parole du Family Research Council. Un bon résumé de ce qui oppose les deux parties. (Pour anglophones)




Pour finir, une note d'humour un peu caricatural; mais pour les républicains des Etats-Unis plutôt un cauchemar


23/02/2010

USS Normandy, navire de la IVe Flotte des Etats-UnisBruits de bottes et de flotte
en Amérique latine


Une situation politique et sociale vénézuelienne en surchauffe; avec une lutte sans merci entre le gouvernement d'Hugo Chavez et l'opposition pour la maîtrise des médias. Un contexte régional (Amérique latine/Caraïbes) de plus en plus tendu.
Bruit de bottes, avec Washington qui resserre son étau militaire sur la république bolivarienne avec l'aide de son alliée, la Colombie d'Alvaro Uribe.
Bruit de la IVe Flotte états-unienne, sur l'autre flanc, dans la mer des Caraïbes et le long des côtes vénézuéliennes et latino-américaines.
Appétit exacerbé des grands pétroliers mondiaux par les promesses des gisements de la ceinture de l'Orénoque.

Voilà de quoi rendre le président Hugo Chavez vigilant, tout autant qu'urticant. Car il joue une partie géopolitique serrée face à des adversaires puissants.


Hugo Chavez voit rouge

dessin humoristique de Hugo Chavez tordant le cou à l'aigle américainAprès avoir été un peu délaissé, par l'administration Bush — tout à sa traque du terrorisme islamiste, à ses guerres en Irak, en Afghanistan et à son remodelage du grand Moyen-Orient — le continent latino-américain, considéré par les Etats-Unis, depuis Monroe comme son « arrière-cour », réapparaît avec plus d'intensité, depuis deux à trois ans, sur les écrans radar de Washington. Dès lors, les événements ne font que s'amplifier.

Hugo Chavez, par son programme de révolution politique bolivarienne, par son activisme, par ses déclarations et ses provocations, mais aussi par sa personnalité, joue le rôle d'épouvantail auprès de Washington et de ses alliés. Mais il ne faut surtout pas négliger le fait qu'il est à la tête d'un pays dont le sous-sol recèle des réserves d'hydrocarbures phénoménales : la ceinture de l'Orénoque. Selon des estimations de la
PDVSA (Petróleos de Venezuela SA), la compagnie nationale, les gisements équivaudraient à 235 milliards de baril de brut. En 2007, 100 milliards de barils de brut étaient certifiés. La certification devait s'achever en 2009. Le Venezuela deviendrait, au moins potentiellement et du point de vue de ses réserves, le premier producteur de pétrole mondial. Aujourd'hui, il occupe la 9e position avec une production d'environ 2 millions et demi de bpj. Nous reviendrons sur cette question dans un prochain billet.

La détérioration des relations entre le Venezuela et la Colombie est l'illustration de la tension qui règne dans la région. Nous pourrions même parler, dans ce cas précis, d'escalade, jusqu'à cet épisode de Cancún, qui a opposé les deux chefs d'état, pour l'instant verbalement. Nous allons y revenir plus loin.

En juillet 2009, Le Venezuela avait gelé ses relations diplomatiques avec la Colombie, menaçant d'aller jusqu'à l'embargo économique si
Bogota continuait de l'incriminer, entre autres choses, dans une quelconque aide aux FARC. Embargo commercial devenu peu après effectif et qui sera dénoncé par Bogota en novembre 2009. Le Venezuela déplaçant ses échanges commerciaux vers le Brésil de Luiz Inacio Lulla da Silva, accusé à cette occasion par la Colombie de « manquer de solidarité ».

Autre motif et pas des moindres.
Toujours dans cette même période, en
août 2009, les Etats-Unis ont conclu un accord de coopération militaire avec la Colombie du président Alvaro Uribe — soutien sans faille dans la région de la politique américaine. Cet accord renforce leur position car il permet aux forces états-uniennes de disposer de sept nouvelles bases (Apiay, Cartagena, Larandia, Malaga, Malambo, Palenquero, Tolemaida; certaines étant des bases des forces spéciales colombiennes) sur le territoire colombien, officiellement pour lutter contre les narcotrafiquants.
Plus certainement inspirées — car toujours d'actualité — de ce qu'écrivait Nicholas Spykman (figure de la géostratégie états-unienne et mondiale, et l'un des inspirateurs de la politique américaine de l'« endiguement », containement), en 1944, dans The Geography of the Peace : « La puissance aérienne, ce n'est pas simplement des avions, mais des avions plus des bases. » (cit. Hervé Couteau-Begarie).

Mais, après cette signature, le président colombien, Alvaro Uribe, semble plus que jamais isolé.
La tournée diplomatique entreprise afin d'expliquer sa politique aux pays voisins, n'a pas convaincu. Les chefs d'état visités n'ont, semble-t-il, pas été dupes de ses arguments. D'autant que le Panama du conservateur Ricardo Martinelli va laisser s'implanter quatre nouvelles bases américaines sur son territoire.

La rancune éclate à Cancún

Cette grenade dégoupillée, les relations Colombie/Venezuela, a roulé jusqu'au sommet de Cancún (Mexique) qui réunissait, du 21 au 23 février 2010, vingt-cinq chefs d'état d'Amérique latine et des Caraïbes — « le groupe de Rio » — et qui devrait déboucher sur la création de la Comunidad de Estados Latinoamericanos y Caribeños (Communauté des états latino-américains et Caraïbes), donc sans les Etats-Unis et le Canada comme dans l'OEA (ou OAS en anglais) Organisation des Etats américains.

Lors de ce sommet, Hugo Chavez a vu rouge.
Il a eu eu une violente altercation avec le président Alvaro Uribe, le 22 février 2010, dans une réunion privée mais devant témoins, et qui a fait la Une des journaux du monde entier instantanément.

Altercation, qui, au-delà de l'anecdote, si plaisante aux médias avides de « buzz », souligne bien la tension qui existe entre les deux états. Et, dans l'ordre de l'anecdote, fait suite au twitte imbécile du chanteur colombien Juanes, que nous signalons, à notre corps défendant, pour souligner à dessein, comment petit à petit, habilement, monter un peuple contre un autre et réveiller des antagonismes nationaux sans rapport avec les intérêts réels des uns et des autres.
La question se pose : A qui profite le crime ?


Bruit de la IVe flotte


le contre-amiral Victor Guillery, commandant en chef de la IVe Flotte des Etats-UnisDéjà, en avril 2008, la renaissance de la IVe Flotte, qui avait disparu depuis 1948, est ressentie par de nombreux pays d'Amérique latine comme une agression. En effet, La IVe Flotte a pour mission de surveiller et de contrôler la côte atlantique, non seulement de l'Amérique latine, mais aussi la mer des Caraïbes.

Auparavant, la zone dépendait de la seule IIe Flotte, chargée de l'Atlantique. La IVe Flotte,
basée à Mayport en Floride, est commandée, ainsi que l'US Naval Forces Southern Command, depuis juin 2009, par le contre-amiral Victor Guillory (photo ci-contre) et s'impose comme le nouveau gendarme maritime de la région.

A l'occasion de cette résurgence d'une flotte disparue depuis soixante ans, le contre-amiral James W. Stevenson, alors commandant des forces navales américaines pour la région sud (2008), déclarait, sibyllin et menaçant : « Cela envoie le bon signal, même à ceux qui comme vous le savez, ne sont pas forcément nos plus grands supporters ».

Le président brésilien, Luiz Inacio Lulla da Silva s'était ému du retour de cette IVe Flotte, en
avertissant qu'il ne souhaitait pas voir la Flotte états-unienne croiser aux abords des nouvelles zones pétrolifères. La marine brésilienne pouvait s'en charger. Car le Brésil venait de découvrir (2007) de gigantesques gisements de pétrole au large de ses côte, au sud et sud-est. Petrobas, la compagnie nationale estimait les gisements off-shore de Tupi (baie de Santos) entre 5 et 8 milliards de barils. Ils ont pu être exploité finalement en 2009, en tenant leur promesse. Depuis, d'autres gisements on été découverts au large, dans la même zone maritime.

Depuis, la présence états-unienne ne fait que s'intensifier.

Certains observateurs, comme Ignacio Ramonet (directeur de l'édition espagnole du Monde diplomatique), spécialiste des questions latino-américaines et plutôt pro-Chavez, trouvent que tout cela ressemble fort à un encerclement du Venezuela par les forces américaines. Ignacio Ramonet, lui, va jusqu'à craindre une intervention militaire prochaine. « Le Venezuela encerclé ».

Car, au-delà de toutes ces péripéties, nous avons affaire à une vraie crise régionale. Elle a donné naissance à un axe diplomatique qui réunit des membres de l'Alba (
Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) : la Bolivie d'Evo Morales, l'Equateur de Rafael Correa, mais aussi le Brésil de Luiz Inacio Lula da Silva, qui n'y a pas adhéré et qui demande à Barack Obama des garanties juridiques quant à l'emploi des bases colombiennes. Oui à la lutte contre les narcotrafiquants, mais non à un conflit régional serait le message brésilien.

Un exemple, parmi d'autres, des tensions locales, la question de la base Manta en Equateur.
Sa fermeture, en juillet 2009, à la suite du non-renouvellement du bail (de 10 ans) aux Etats-Unis, par les autorités équatoriennes, a été entériné à la suite — en terme diplomatique nous appellerions cela un « incident de frontière », mais cela ressemble plus à une violation de souveraineté territoriale : en février 2008, l'aviation colombienne avait bombardé un camp des FARC, situé sur le territoire équatorien. En outre, la base Manta, cédée aux Etats-Unis en 1999, et qui devait servir officiellement à la lutte antinarco, était considérée comme une base arrière logistique pour soutenir la Colombie dans sa lutte contre la guérilla des FARC.

Au sujet de la base Manta, écoutez ce que déclarait Larry Birns, directeur du Council of Hemispherical Affairs, interrogé par Sylvain Biville sur RFI (17 juillet 2009)

Lire : « Les bases US en Colombie ». Lamia Oualalou. Le Figaro. Août 2009.

Sur Russia Today (août 2009), interview d'Eva Golinger sur la présence accrue
des troupes états-uniennes
en Colombie et sur l'interprétation qu'en fait le Venezuela de Hugo Chavez.
(En anglais)




Présence accrue de la IVe Flotte à Aruba et Curaçao


Eva GolingerPour parfaire le dispositif d'encerclement du Venezuela, selon l'avocate états-unienne et rédactrice en chef du nouveau Correo del Orinoco International, en anglais (inaccessible en ligne, sauf erreur de notre part, autrement que par PDF via venezuelanalysis.com, le numéro du Correo del Orinoco International du 19 février 2010) Eva Golinger (ci-contre), installée depuis 2005 à Caracas (sa famille avait émigré du Venezuela vers les Etats-Unis dans les années 1930) il y aurait un regain d'activité militaire, au nom d'un accord de coopération militaire, entre les Etats-Unis et les Pays-Bas, sur les bases navales d'Aruba et de Curaçao, îles des Antilles néerlandaises (Netherlands Antilles), donc tout près, si près du Venezuela (voir la carte ci-dessous et cliquer sur les pictos bleus). Aruba se situe environ à 28 km de la côte vénézuélienne, soit un peu plus de 17 miles ou un peu plus de 15 milles nautiques. Les deux îles disposent de ports en eaux profondes.

Eva Golinger a relevé que près d'une centaine de bâtiments de guerre avaient fait escale dans les deux îles au cours de l'année 2009.

Ces deux îles — Aruba et Curaçao auxquelles il faudrait ajouter l'île Bonaire — sont sous souveraineté des Pays-Bas et donc sous juridiction de la Communauté européenne. Aruba, par exemple, dans le cadre de la 10e FED
(fond d'investissement européen), portant sur la période 2008-2013, a reçu 8,88 millions d'euros (source : direction générale du développement et des relations avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Commission européenne). Les députés européens, soucieux des affaires internationales, seraient bien inspirés de demander des explications au ministre-président néerlandais Jan Peter Balkenende.


Haïti 51e état de l'Union ?

A la lumière de ces mouvements,
on peut interpréter différemment la présence militaire américaine à Haïti, à la suite du séisme du 12 janvier 2010. Plusieurs navires de la IVe Flotte, pour certains de gros tonnages (USS Normandy, en photo d'ouverture de ce billet, USS Bataan, USS Nasau, USS Bunker Hill, USS Carl Vinçon…), ont mouillé à Port-au-Prince pour apporter une aide humanitaire à la population haïtienne. Population qui a, bien entendu, grandement besoin d'aides. Mais était-ce le seul but ?

La Chine, quant à elle, avance une réponse. Dans Le Quotidien du peuple du 21 janvier 2010 — qui est l'organe de presse du Comité central du Parti communiste chinois, et à ce titre peut être considéré comme diffusant la parole officielle — Pékin considère que Haïti devient, de facto, le 51e état des Etats-Unis, ne serait-ce que par l'importance des moyens militaires déployés et par leur nature.


Un article de Time, « The U.S Military in Haiti : A Compassionate Invasion » (« une compatissante invasion »), se pose la question et analyse l'hypothèse, en remarquant que l'intervention américaine « avait l'intensité qui aurait prévalu si Haïti fut un état de l'Union ».
Sur cette question du 51st state, Robert Lustig pour BBC: « Haiti : the 51st state? »

Biblio:
Code Chavez, CIA contre Venezuela, Eva Golinger, Marco Pietteur éditeur, 2006.



18/02/2010

Hugo Chavez le 30 décembre 2009 au palais Miraflores de CaracasHugo Chavez : disparition de la vidéo témoin de la fausse information sur le séisme d'Haïti

Hugo Chavez tenait sa conférence annuelle sur la situation générale du Venezuela, le 30 décembre 2009… et puis un écran noir siglé Youtube. Cette vidéo mise en ligne le 25 janvier 2010, dans un billet, « Hugo Chavez et le séisme à Haïti : manipulation et polémique. Comment naît une rumeur », sur ce blog, démontrait que les images — privées de son —, diffusées par Russia Today, n'étaient que des images d'archive. Quant au commentaire de la journaliste russe, il n'était que pure invention. Il prêtait au président vénézuélien des accusations portant sur l'implication des Etats-Unis, qui, à l'aide d'armes sismiques, à la suite de manœuvre navale, auraient provoqué le tremblement de terre d'Haïti.

Or, cette semaine, cette vidéo a disparu de tous les sites et les blogs dont celui-ci (Harry Fandor) ainsi que sur le site latinreporters.com (« Haïti : Etats-Unis auteurs du séisme !? Chavez ne l'a pas dit, mais… »), site qui, par ses informations, nous avait mis sur la piste.
On constate partout le même phénomène. Plus rien, même en cherchant bien. Pour la simple et bonne raison que le fournisseur, Youtube, l'a fait disparaître.
Malveillance ? Complot ? Il est vrai que l'on devient vite sujet à la paranoïa avec ce qui se déroule parfois sur Internet.

Non, fausse alerte, rien que de très normal selon les règles de Youtube. Mais les prolongements politiques, voire géostratégiques, ne sont pas exclus de ce mini-événement, comme nous le verrons dans un autre billet.

En effet, après une rapide enquête, on constate que Youtube, qui ne serait, comme son nom l'indique, qu'un « tube » au sens français du terme, et au figuré, « un tuyau », a supprimé la vidéo.

Sur l'écran noir, nous pouvons lire « supprimer à la demande de l'utilisateur ». En l'occurrence, l'utilisateur n'est pas celui qui l'utilise — c'est-à-dire celui qui en fait usage — mais celui qui est à l'origine de la mise ligne. Ici, RCTV (Radio Caracas Televisión), une chaîne de télévision résolument anti-Chavez et propriété d'un riche homme d'affaire vénézuélien, Marcel Granier.

Première conséquence : la suppression de ces images nuit à la démonstration, à sa qualité, à son équilibre, puisque cette vidéo permettait, par sa juxtaposition avec les images de Russia Today, de révéler la supercherie. Une manipulation initiale certainement partit du journal conservateur espagnol ABC. Un bel exemple de fake.
Une image manque et tout redevient sujet à caution.
Pourquoi cette vidéo-ci ? Inutile de se perdre en conjecture.

Que l'on se rassure. La vidéo a été retrouvée sur Youtube — encore et toujours — par une mise en ligne de TVZL (Venezolana de television), la chaîne publique vénézuelienne. Le journal télévisé revient sur la conférence du 30 décembre 2009.

Lire à partir de 45 secondes et sporadiquement au long du sujet qui dure
10 min 30 et qui propose un commentaire sur les déclarations de Hugo Chavez. Pour les hispanophones.





logo de la chaîne RCTVLa guerre médiatique entre Hugo Chavez
et Marcel Granier

Ces deux-là se détestent et s'affrontent déjà depuis plusieurs années.

Dernière bataille en date, le 24 janvier 2010. RCTV disparaissait des écrans vénézuéliens à la suite des accusations de Diosdado Cabello, directeur général de la Conatel (commission nationale des télécommunications vénézuélienne) d'infraction à la législation du pays et de la loi de responsabilité sociale en radio et télévision (« Ley Resorte »).
En effet, une loi stipule que les chaînes nationales du Venezuela ont l'obligation de diffuser les discours et allocutions du président Hugo Chavez (disposition connue sous le vocable « cadenas »).
Ce que s'est refusé à faire RCTV. Car, RCTV émet depuis Miami, via le câble, et se considère comme une chaîne internationale. Caracas lui oppose que dans la mesure où, au moins 70 % de ses programmes hebdomadaires sont produits localement, elle peut être considérée par la loi comme une chaîne nationale.
Soulignons que RCTV s'est imposé,
de longue date, comme une chaîne populaire, ne serait-ce que par la diffusion de ses telenovelas (productions vendues dans près de cinquante pays).
Les cablo-opérateurs, eux-mêmes menacés de sanction par les autorités, l'ont donc retiré de leurs bouquets. Ce qui a instantanément entraîné des heurts violents entre pro et anti-chavistes dans les rues.

Avec RCTV, cinq autres chaînes de télévision ont subi le même sort : Ritmo Son, Momentum, America TV, American Network et TV Chile.
Mais, dès le début février 2010, elles retrouvaient leur autorisation d'émettre. Sans que l'interdiction ne soit levée pour RCTV. Les anti-chavistes crient à la censure.

Marcel Granier le patron d'empresas 1BCMarcel Granier (ci-contre) homme d'affaire puissant, à la tête d'un groupe de média et de communication, Empresas 1BC (chaînes de télévision, radios, label discographique, chaîne nationale d'une vingtaine de magasins de produits culturels, dvd et cd — Recordland ...) reste, et sa puissance et son opposition résolue à Hugo Chavez le désignent comme tel, dans la ligne de mire de Hugo Chavez.

Depuis au moins avril 2002, date du coup d'état anti-Chavez qui avait porté pour… 48 heures à la tête du Venezuela, Pedro Carmona, Hugo Chavez ne lâche plus Marcel Granier.

Il l'accuse d'avoir attiser les sentiments anti-chavez de la population, au moment de son renversement d'avril 2002, et surtout d'avoir joué un rôle prépondérant dans le putsch en diffusant des informations erronées et de s'être comporté de façon anticonstitutionnelle.
Hugo Chavez est de longue date en guerre contre les médias privés qu'il accuse d'incarner et de diffuser la vision de l'oligarchie vénézuélienne. Ainsi des trois autres chaînes : Globovisión, Televen, Venevisión.

De retour au pouvoir, après l'échec de son renversement, Hugo Chavez annonce qu'il ne renouvellera pas la licence
d'émettre par voie hertzienne de RCTV. Cette licence arrivait à échéance en mai 2007. Depuis la chaîne émettait sur le câble et continuait de marteler son anti-chavisme.
Quant à Marcel Granier, il ne lâche pas prise et se bat sur le terrain juridique. Il a redéposé un dossier afin d'exciper de la nature internationale de sa chaîne devant la Conatel et attend, par ailleurs, la décision de la chambre constitutionnel de la Cour suprême.

Voci le point de vue de Marcel Granier, interrogé dans Médias par Ben Ami Fihman. « Marcel Granier : "le patron de l'information s'appelle Hugo Chavez" » . Robert Ménard, directeur de la rédaction du journal et du site (revue-medias.com) après avoir été secrétaire général de Reporters sans Frontière, n'a jamais ménagé ses critiques sur la façon de gouverner de Hugo Chavez, tout comme il s'était toujours affirmé anti-Castro.

Parallèlement, Hugo Chavez diffuse sa parole à travers l'écrit « La l
ínea de Chávez », mais aussi d'émissions de radio comme « Aló Presidente » ou, depuis le début février 2010, « Repente con Chávez » (« Soudain avec Chavez »), qui pourrait, dans l'esprit, se traduire par une sorte de besoin de réagir à chaud, d'être éruptif. Le choix du titre de l'émission n'est donc pas anodin puisque Hugo Chavez réagit quand bon lui semble et imprime son rythme à l'émission.

Le putsch, y penser sans le dire, quoique…

Enfin, pour mieux comprendre l'enjeu de cette bataille, qui semble dépasser la question de censure/pas censure, il faut se placer dans le contexte vénézuélien actuel qui fait que, par exemple, Noel
Álvarez, à la tête de la Fedecámaras (la principale organisation patronale du pays) évoque, très calmement et très habilement, sur RCTV justement, le 21 janvier 2010, interrogé par Miguel Ángel Rodríguez, que la solution pour le Venezuela est la « solución militar » (« la solution militaire »). C'est-à-dire constituer un front (frente) contre l'hégémonie du gouvernement de Hugo Chavez. Mais cela se dit comme sans être vraiment dit. Comprendra qui le voudra les implications et les conséquences attendues dans un pays où un putsch est toujours possible.
Solution qui semble exciter le journaliste
Miguel Ángel Rodríguez qui ajoute — nous sommes à la fin de l'entretien — « solución militar, excelente ».
Depuis, Diosdado Cabello, ministre et directeur de la Conatel, a engagé des poursuites pénales contre le journaliste-vedette de RCTV, Miguel Ángel Rodríguez, « pour incitation au coup d'état ». Miguel Ángel Rodríguez se défend, par des contorsions, en invoquant une erreur d'interprétation, car il s'agissait, dans ses propos, d'engagement, non pas militaire mais civique, voire civil.

Noel Álvarez interviewé par Miguel Ángel Rodríguez pour RCTV.
Ecouter "solución militar" à environ 2 mn 14.






Lire la suite sur le contexte politique et diplomatique latino-américain de plus plus tendu par la présence accrue de l'armée états-unienne dans la région
. Avec, pourrions-nous dire, comme un parfum d'hydrocarbure. « Bruits de bottes et de flotte en Amérique latine »